Interview de Barbara Bessat-Lelarge !
Rédigé par : Exécutrice

Lors du dernier salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, j'ai eu l'occasion de rencontrer Barbara Bessat-Lelarge, l'éditrice de chez Castelmore et nous avons parlé du bilan de la 1ere année d'existence du label jeunesse de Bragelonne, des livres et aussi un peu d'elle-même ! C'était une rencontre très agréable avec une personne très abordable, qui m'a tout de suite demandé de laisser tomber le vouvoiement, et c'est une bonne chose car le "tu" sembalit beaucoup plus naturel !

Merci à Marie pour avoir organisé cette entrevue et à Barbara de m'avoir accordé un peu de ton temps !

(Message à Barbara : Barbara si tu me lis ... Team Dimitri power !)

Castelmore

V&S : Barbara, tu es l’éditrice de Castelmore, le label jeunesse de Bragelonne. En quoi consiste exactement ton travail ?

Barbara Bessat-Lelarge : Je choisis les textes que je vais publier, donc je lis beaucoup. Quand un texte me plaît, il faut l’acheter auprès de l’agent car on est surtout sur de la publication en anglais pour l’instant donc il faut acheter les droits à l’éditeur américain ou anglais. Ensuite il faut lancer le texte en traduction, une fois qu’il revient de la traduction, il faut retravailler l’expression française, le repasser à la correction. Moi, je supervise toutes ces étapes. J'ai la chance de suivre tout le process d’un bout à l’autre. Du choix du manuscrit jusqu’à l’édition finale j’ai mon mot à dire.

V&S : Beaucoup de lecture donc.

BBL : Voilà (rires)

V&S : Castelmore vient de souffler sa première bougie, quel effet ça te fait de voir le « bébé » grandir ?

BBL : C’est surtout un choc sur le stand (ndlr : le stand de Castelmore au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil) parce que l’année dernière quand on a eu notre stand, il était tout petit, nous avions 6 livres à présenter. Là, rien que pour Castelmore, il y en 32. Ça fait bizarre de voir tous les titres sur la table d’un seul coup et on comprend mieux le boulot que ça a représenté cette année (rires) et ça prend une tournure concrète et très gratifiante !

V&S : Quel bilan tires-tu de cette première année d’existence ?

BBL : Un très bon bilan parce qu’on a lancé le label dans une période de crise, c’était un peu risqué et au final on est très contents parce qu’on s’en tire bien. On en est à géniapresque 200 000 livres vendus sur Castelmore, notre série best seller, Vampire Academy, en a vendu 60 000 à elle seule. Donc on est vraiment très contents car on a trouvé notre lectorat et, a priori, le lectorat se retrouve dans ce qu’on fait. Ça nous donne envie de faire encore plus et encore mieux pour l’année prochaine (ndlr : 2012)

Vampire Academy Sacrifice UltimeV&S : Là, comme c’est Vampire Academy qui s’est le mieux vendu, je suppose que votre lectorat c’est vraiment du Young Adult, pas tellement jeunesse.

BBL : Oui, on est vraiment sur du YA ado et jeunes ados, mais ça dépasse la vingtaine facilement.

V&S : Oui ! La preuve (eh oui, j’ai 30 ans et il m’arrive de lire du YA ^^)
De tout ce que Castelmore a publié pour le moment, mon coup de cœur est Vampire Academy de Richelle Mead. Quel a été le tien sur cette première année d’existence ?

BBL : (réfléchit) C’est une question difficile parce que je les aime tous ! Vampire Academy bien sûr parce que c’est une série qui m’avait semblé intéressante dès le départ de par les éléments que Richelle Mead met en scène. C’est une héroïne qui n’a pas froid aux yeux. Pour moi Rose est une héritière de Buffy, donc on est sur des filles un peu battantes. Ça se retrouve aussi dans les choix de romans, j’aime bien les héroïnes qui prennent les choses en mains, qui ne sont pas juste attentistes, à attendre que l’amour leur tombe dessus. Donc oui Vampire Academy  est un peu l’incarnation de tout ça. Après, en coup de cœur, il y a Éphémère. On est dans une ambiance différente, l’héroïne peut paraître attentiste mais ne l’est pas tant que ça parce que c’est quand même un univers bien particulier, c’est un huis-clos dont les règles du jeu ne sont pas les mêmes que dans Vampire Academy . Mais d’un point de vue littéraire, j’ai trouvé ça très intéressant et effectivement, ça propose un autre rythme. C’est un objet un peu bizarre dans la parution mais c’est une belle rencontre pour un premier roman.

V&S : Chez V&S, on a tous une préférence et on aimerait connaitre la tienne : Team Dimitri ou Team Adrian ?

BBL : Moi je suis Adrian.

V&S : Comment est-ce possible ? Je ne comprends pas comment on peut être Team Adrian ! Il est très gentil ce garçon mais il ne fait pas le poids contre Dimitri !

BBL : Il a des problèmes. Bon, Dimitri a une histoire très torturée, où il ne maîtrise pas tout malheureusement, c’est quand même un personnage que l'on sait quelque part être un gentil, malgré ce qui lui arrive au cours de la série. Adrian, on se dit qu’il part quand même avec beaucoup de handicaps et, voilà, je trouvais que c’était un personnage intéressant sur la longueur, je trouve qu’il a une évolution assez chouette.

V&S : Oui, mais dès le départ, on sait que ça ne marchera pas !

BBL : Mais ce n’est pas grave parce qu’on a envie d’y croire quand même ! Parce qu’il aime Rose et on se dit « Ce n’est pas possible, comment on va s’en sortir de cette histoire ? »

V&S : Ok, donc je note Team Adrian ! Je crois que Francesca aussi est team Adrian …

BBL : Je crois aussi. C’est parce que les cheveux longs de Dimitri n’aident pas beaucoup ! (rires)

V&S : C’est vrai que les cheveux longs, c’est bien dans les livres mais …

BBL : En film c’est plus compliqué à gérer déjà. (Rires)

The Gathering de Kelley ArmstrongV&S : Va-t-il y avoir des séries phares en 2012 comme l’a été Vampire Academy  en 2011 ?

BBL : La série phare en 2012 ? C’est une bonne question ! J’ai la 2e trilogie de Kelley Armstrong qui va sortir et qui, à mon sens, est encore meilleure que la première. Ça s’appellera Clair Obscur, le premier tome est déjà sorti aux États-Unis et je trouve que la première série était déjà bien ficelée, assez efficace, assez flippante par moments, et on s’attachait bien aux personnages. Mais sur la deuxième série, ça décolle tout de suite ! Ça y est c’est bon elle a tout compris au YA, on est sur les rails, c’est vraiment très très bon, super efficace. Là on est dans des grands espaces et c’est quelque chose qu’elle maîtrise super bien aussi. On ne retrouve pas tout à fait le même type de personnages ni de pouvoirs mais ça fonctionne.

V&S : Il s'agit d’autres personnages dans le même monde …

BBL : Voilà, c’est un spin-off mais ça ne reprend pas des personnages secondaires. On retrouve des personnages car de toute façon tout l’univers de Kelley Armstrong est complètement cohérent, que ce soit chez les adultes ou chez les ados. Donc on retrouve des noms qui sont communs à toutes ses séries mais ce sont des noms lointains. Et de toute façon, elle a prévenu que tout le monde se retrouverait au final dans une espèce d’apothéose.

V&S : Oui, elle a dit aussi que pour le moment elle ne mélangeait pas les adultes et les ados parce que sinon les ados ne pourraient plus rien faire ! (rires)

BBL : Voilà … Mais ça fonctionne très très bien.

V&S : Tu disais il y un an que vous envisagiez de publier des auteurs français, maintenant que Bragelonne a rouvert les soumissions de manuscrits, penses-tu que Castelmore va bientôt en accueillir ?

BBL : Et en 2012 on le prouve ! On va avoir une première auteur française dans le courant du 1er semestre. Je n’ai pas encore de date précise car on doit passer la phase réécriture, on attend de voir ce que ça donne. Ça va être du fantastique comme d’habitude mais avec une touche française. (ndlr : C’était un secret au moment de l’interview mais ça ne l’est plus aujourd’hui, l’auteur en question n’est autre que Emmanuelle Nuncq, et son roman, Bordemarge sortira le 13 avril)

V&S : Registre YA comme d’habitude ?

BBL : Hum c’est un registre un peu différent, on se rapproche plus de romans comme Princess Bride par exemple.

V&S : Plus fantasy alors ?

BBL : A la fois fantasy et pas tout à fait, c’est vraiment un univers qui lui est particulier, qui lui est propre et je lui laisse la surprise de le présenter. C’est un mélange de réalité et de fiction qui est assez intéressant. C’est une personne qui a son univers propre et qui a plein de choses à raconter.

V&S : Déjà publiée ?

BBL : Déjà publiée en numérique et là ça sera son premier roman publié en papier.

V&S : En autoédition ? C’est souvent le moyen d’attirer l’attention dans la masse.

BBL : On l’avait déjà rencontrée en speed-dating d’auteur aux Imaginales, donc comme quoi ça peut se concrétiser.

Ephémère, le dernier jardinV&S : Votre ligne éditoriale est assez particulière, on passe de livres comme Vampire Academy  à Princesses mais pas trop, qui sont dans des registres très différents. Comment choisissez-vous les ouvrages ?

BBL : C’est du fantastique au sens large donc effectivement on va se retrouver avec des choses très différentes parce qu’il n’y a pas un imaginaire, il y en a de multiples. Et en jeunesse, les gens se réinventent sans arrêt donc on ne reste jamais sur un genre bien défini. Par exemple dans Vampire Academy , oui il y a des vampires, mais il y a aussi de la magie. Donc c’est toujours un mélange de plein de choses et c’était un souhait sur ce label de proposer des choses éclectiques et de ne pas rester sur le fantastique qu’on voit le plus partout. On a du Princesses mais pas trop parce que c’est une réécriture de conte de fées que j’ai trouvée géniale, on a Ephémère parce que ça a été un coup de cœur littéraire pour une plume qui marque. C’est le fantastique. Moi, à partir du moment où il y a un décrochage par rapport à la réalité, ça peut entrer chez Castelmore. Après il y a un deuxième critère. Comme on est sur du Young Adult, il faut des héros auxquels le lecteur peut s’identifier, donc du même âge, voire un peu plus âgés mais qui ne dépassent pas la vingtaine sinon ça ne fonctionne pas.

V&S : En tant que lectrice (quand tu lis pour toi, pas pour le travail), quels sont les genres que tu affectionnes particulièrement ?

BBL : Heu comme j’ai été libraire jeunesse pendant 10 ans avant d’être éditrice, je lis essentiellement de la jeunesse, à la fois pour le plaisir et pour me tenir au courant de ce qui se passe. En ado aussi je lis du réaliste, un peu de romance, des choses terre à terre on va dire. Sinon j’aime bien lire du polar.

V&S : Ça change vachement de la jeunesse …

BBL : Oui, ça change vachement et justement ça permet de remettre un peu les compteurs à zéro parce que quand tu lis toujours pour la même tranche d’âge, il y a une certaine usure qui s’installe et on se laisse beaucoup moins surprendre par le texte. Donc ça fait du bien de faire un vrai break avec un truc qui n’a rien à voir pour ensuite revenir à mon genre de prédilection qui est le fantastique pour ados.

V&S : Et pour le plaisir tu lis plutôt en Anglais ou en Français ?

BBL : Quand ce sont des auteurs anglophones, je les lis en VO, quand ce sont des auteurs Français, je les lis en Français bien-sûr. J’essaie de rester sur la langue d’origine.

V&S : On est donc d’accord que parfois à la traduction il y a des choses qui se perdent …

BBL : Non seulement ça mais après d’un point de vue purement personnel, si j’achète aussi les bouquins en VO c’est parce qu’ils sont souvent moins chers que la VF parce qu’il n’y pas la traduction, c’est normal.

V&S : D’ailleurs en parlant de ça, le fait de ne faire que du grand format, c’est voulu ou il va y a voir une évolution vers le poche ?

BBL : Le poche n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant car on vient juste de lancer le grand format donc il faut déjà le temps qu’on trouve nos marques sur le GF, après on verra. Si on fait du poche, je ne pense pas que ça sera avec Milady car ce n’est pas le même rayon. Si on fait du poche, je pencherais plus pour du Castelmore poche mais après ça il faudra voir concrètement comment ce genre de projet s’organise. Et puis ça prend beaucoup de temps parce que le marché du poche est encore plus difficile que celui du grand format.

V&S : Ce segment-là, le YA, ce n’est quasiment que du GF, autant chez Castelmore qu’ailleurs. Les parents se ruinent !

BBL : Ils se ruinent moins en achetant du Castelmore car dans l’ensemble on est moins cher que les autres. On a essayé de rester proche et de ne pas être trop cher. Si on propose un rythme de parution trop rapproché, les gamins ne peuvent pas sortir 20€ chaque mois.

V&S : Ils n’ont pas assez d’argent de poche !

BBL : Voilà et après c’est le drame et on ne veut pas créer de drames dans les familles ! (rires)

V&S : Sur notre forum on a pas mal de jeunes qui sont intéressés par plein de choses mais qui ne peuvent pas suivre. Heureusement qu’il y a les bibliothèques et les médiathèques. Vous êtes bien diffusés en médiathèques ?

BBL : Oui, on a une équipe qui s’occupe de ça et en général les bibliothécaires sont assez réceptives parce qu’elles savent que c’est ce que les jeunes demandent. On a plutôt un bon accueil de ce côté-là, c’est gratifiant, ça veut dire aussi que nos traductions tiennent la route même pour des prescripteurs donc ça c’est chouette.

Dark Elite 1 - Magie de Feu de Chloe NeilV&S : Dans ces 3 romans qui ont été annoncés, lequel tu recommanderais le plus ?

BBL : Ce n’est pas facile de choisir, ils sont très très bons et très très différents.
Avec Dark Elite on a un mélange très efficace de Gossip Girl et d’Harry Potter (Si si c’est possible !) avec une jeune fille qui se retrouve coincée à Chicago dans une pension pour jeunes filles assez riches et pimbêches, assez insupportables. Ses parents se sont barrés pour 2 ans en congés sabbatique et ils l’ont laissée dans ce lycée. Elle va se faire une copine mais elle va disparaître dans les sous-sols de Chicago sans lui dire où elle va et elle va la suivre et se rendre compte que peut-être la magie existe !

V&S : bon Zombie Apocalypse, c’est une histoire de zombie …

BBL : Oui, ce sont des zombies mais ce ne sont pas que des zombies. C'est un élément de décor pour poser le livre. C’est avant tout une aventure humaine, celle d’un gamin de 15 ans qui a grandi dans un univers infesté de zombies. Il a une histoire familiale assez compliquée, ses parents sont morts durant la 1ère nuit où les morts se sont relevés et il en veut à son frère de ne pas les avoir sauvés. Donc il y a toute la relation entre son frère et lui qui est mise en avant par rapport à cet univers. C’est avant tout pour moi une histoire familiale, un malentendu à clarifier entre 2 frangins.

V&S : Et c’est un stand alone ou une série ?

BBL : C’est un stand alone. Et le dernier, Le Pays des morts, on est dans de la fantasy. Comme pour le Prix de la magie c’est de la fantasy assez dark, où la vie n’est pas tendre avec ses héros. Ici, le héros a la possibilité de voyager au pays des morts et c’est un pouvoir qui est tabou dans le monde où il vit. Il a perdu ses parents, son oncle profite de ce pouvoir pour se faire de l’argent et il envoie son neveu chez les morts pour rapporter les derniers mots des défunts aux familles. Et le truc, c’est que pour lui ce n’est pas très agréable car, pour pouvoir traverser, il doit ressentir une douleur très vive, donc en plus il se fait battre au passage. Un jour, il va en avoir ras -le- bol et il va essayer de s’affranchir de tout ça mais ce n’est pas très facile.

Le Pays des mortsV&S : Décidément les familles abusives sont un thème récurrent en YA !
Sur les sorties du premier trimestre, il y a Pourquoi moi ? Ce n’est pas une erreur d’Amazon ? Parce qu’aux États-Unis cette série ne marche pas très bien.

BBL : Ce n’est pas une série, en tout cas je ne l’ai pas abordée comme ça. Il y a eu un 1er tome qui peut se lire sans qu’on lise le 2e. Quand je l’ai lu ça m’a fait rire. On a beaucoup de titres très dark et pour une fois on peut rire un peu ! Voilà, sur Pourquoi moi ?, on est plus sur de l’humour.

V&S : Et du coup le 2e tome est prévu derrière ou pas ?

BBL : Pas forcément, on va voir ce que va donner le 1er mais comme il peut se lire sans lire la suite, à la fin on sait ce que va choisir l’héroïne, le second tome n’est pas forcément nécessaire.

V&S : On ne finit pas sur un cliffhanger de fou comme à la fin de VA 3 par exemple ?

BBL : Non pas du tout !

V&S : Merci Barbara d’avoir répondu à nos questions !

BBL : Merci.

Exécutrice Le jeudi 26 janvier 2012 à 3:01
Le partage me va Barbara, tout le monde y trouve son compte ! Merci pour ton temps ;) On se verra sûrement au salon en mars !

bbl Le jeudi 26 janvier 2012 à 3:01
Héhé, je te laisse Dimitri, je garde Adrian :) Et longue vie à Vampires et Sorcières!

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